Mais qui est donc ce mystérieux « Nicolas qui paie » ? Depuis quelques semaines, la question est sur toutes les lèvres, dans toutes les conversations. S’agirait-il d’un brillant polémiste, d’un collectif libertaire, d’une discrète officine… ou tout simplement d’un français moyen anonyme, écoeuré par le poids des impôts et des cotisations qu’il paye mois après mois ?
Les hypothèses les plus fantaisistes fusent, mais le mystère reste entier. Personne ne connaît à ce jour l’identité de ce fantomas de la toile. Une chose est sûre, la machine s’emballe. C’est à l’évidence le signe que @nicolasquipaie a vu juste tant il ressemble à beaucoup de français.
Dans son collimateur : Bernard et Chantal, 70 ans, dont il rouspète de payer les croisières à l’autre bout du monde, et qui votent pour Hollande et Macron, lesquels ont augmenté la dépense publique et la dette comme jamais, quoi qu’il en coûte à la France ; Mais aussi, Guillaume, 39 ans, qui travaille dans un média public, jalouse les salariés du privé et soutient SOS Méditerranée ; Ou encore Karim, qui détrousse Nicolas en ne vivant depuis 10 ans que des aides publiques. Désormais, Nicolas est passé à la vitesse supérieure, inondant les réseaux sociaux de stickers plus ou moins sarcastiques invitant à « privatiser l’audiovisuel public », à « rendre aux actifs le fruit de leur travail » ou encore, à célébrer la date du 17 Juillet, jour de la libération fiscale .
« A partir de cette date, Nicolas arrête de travailler pour l’État et commence enfin à bénéficier du fruit de son travail » explique-t-il.
Tout cela a de quoi exaspérer les jeunes actifs qui triment comme des forcenés. D’autant que beaucoup, parmi eux, ont le sentiment que leurs efforts ne sont pas récompensés à leur juste valeur. Le travail ne paie plus, ou pas assez.
Cela fait quinze ans que le revenu des actifs est en quasi stagnation. Crise financière de 2008, crise de la zone euro, Covid… Aucune génération, depuis la seconde guerre mondiale, n’a connu une telle succession de crises majeures en seulement 15 ans. Aujourd’hui, du fait d’une productivité disparue et de cotisations records, le travail ne permet plus d’élever son niveau de vie. Dans les années 1970, on pouvait doubler son niveau de vie avec son salaire en l’espace de 15 ans. Désormais, il faut, en moyenne, 80 ans de travail pour parvenir au même résultat ! Quelque chose s’est cassé. La promesse de vivre mieux que ses parents, qui animait les générations depuis la période des trente glorieuses, ne se vérifie plus.
Pour les actifs, nombreux à partager la colère des Nicolas, l’heure de la désillusion a sonné : beaucoup ressentent, désormais, une certaine forme de déclassement.
Un sentiment que renforcent les difficultés qu’éprouvent beaucoup de jeunes actifs pour se loger, pour partir en vacances, pour élargir leur famille, pour changer de voiture… Et parfois, pour boucler les fins de mois.
Pour tous ces jeunes actifs, hériter de leurs parents est peut-être le seul espoir d’accéder à un meilleur niveau de vie. Mais là encore, la situation se complique du fait de l’allongement de l’espérance de vie. Si on héritait à la libération vers 30-35 ans, c’est plutôt aujourd’hui entre 60 et 70 ans. Résultat : le patrimoine est de plus en plus concentré entre les mains des plus âgés.
Dans un tel contexte, la question des retraites est brûlante aux yeux des Nicolas, qui se sentent les dindons de la farce d’un système par répartition qui les force à cotiser massivement pour payer les pensions de leurs aînés. Alors qu’eux-mêmes ne percevront peut-être que des retraites peau de chagrin.
Ajoutons que, si Nicolas n’en peut plus, c’est aussi parce qu’il a le sentiment qu’outre le fait d’être le seul à payer, il paye pour tout et n’importe quoi, du pass culture à l’aide au développement, en passant par la dépollution de la Seine pour que les parisiens puissent se baigner et les innombrables agences en tout genre, dont on ne voit pas très bien à quoi elles servent.
Le mouvement NicolasQuiPaie est une prise de conscience de la gabegie invraisemblable d’argent public. Et cela ne va faire que monter dans un contexte d’efforts budgétaires soi-disant introuvables.
